Résilience

Comme chacun sait, la locution latine du blason officiel de la ville de Paris, FLUCTUAT NEC MERGITUR (Il est battu par les flots mais ne sombre pas) est réapparue après les attentats terroristes du novembre 2015 à Paris. ‘Touché mais pas coulé’, cette formule avance que quoi qu’il arrive, le bateau finirait par se remettre sur les flots. Elle signifie par là une capacité de résistance universelle et permanente.

Si OKSEBO choisit de faire travailler les artistes de la saison 2017 sur ce thème, c’est forcément avec l’idée de faire remarquer que la création contient en son germe, indubitablement, un acte de résistance; car créer, c’est forcément mettre au monde quelque chose qui résiste: au temps, aux modes, aux hostilités, à la terreur. Créer, dans ce sens-là, est un acte éminemment politique, il suffit de se rappeler, à ce titre, le slogan « créer, c’est résister, résister, c’est créer » de Stéphane Hessel, l’auteur, en 2010, du « Indignez-vous !», ou, encore avant, en 2002, le livre du philosophe Miguel Benasayag fait en collaboration avec Florence Aubenas « Résister, c’est créer » tous les deux les ouvrages qui n’ont eu de cesse de nous rappeler à quel point, dans le monde contemporain, cette devise s’impose. Mais, encore avant, en 1987, sans relation aucune à une menace terroriste, Gilles Deleuze, dans sa conférence « Qu’est-ce que l’acte de création ? » proclame: « Tout acte de résistance n’est pas une œuvre d’art bien que, d’une certaine manière elle en soit. Toute œuvre d’art n’est pas un acte de résistance et pourtant, d’une certaine manière, elle l’est ».

En même temps, il va de soi que, dans l’approche que les deux artistes vont pratiquer, elles ne pourront pas appliquer à la lettre cette devise qui est le titre de l’exposition car elles pensent que l’art n’est en effet pas instrumentalisable, quelle que soit la cause poursuivie. L’art est en quelque sorte inaliénable, irréductible à sa propre essence. Pour être en phase avec ce que son action sous tend, elles doivent au contraire affirmer la liberté qui est la sienne et aussi la leur pour s’exprimer avec l’acuité sur le monde qui les entoure.

Il se trouve que le défi de ces manifestations bi annuelles lancées par OKSEBO réside pour beaucoup dans l’interaction, le dialogue, la confrontation, l’échange entre deux artistes. C’est dans cet échange, c’est dans l’espace et le déroulement de cet échange, c’est dans cet intervalle des relations qui s’établissent entre les œuvres que se trouve le véritable enjeu du travail en commun.

Le sujet de ce dialogue ne sera donc pas l’actualité en tant que telle mais plutôt celle des approches liées aux médiums (l’une céramiste – mais pas seulement, l’autre – mais pas seulement), et à la morphologie et l’histoire (plutôt chargée) des espaces qui les accueillent.

Aujourd’hui, aucun projet précis n’existe, cependant, c’est manifestement à travers ce retentissement-là, donc la conviction en une permanence agissante du travail artistique qu’elles vont proposer au public une façon de résister. Une, parmi tant d’autres.

Anne-Sophie Desoblin

ANNE SOPHIE(2) sans titre 2016
ANNE SOPHIE(1) sans titre 2016
ANNE SOPHIE DÉSOBLIN 5 sans titre 2016
ANNE SOPHIE DESOBLIN 4 sans titre 2016
ANNE SOPHIE sans titre 2016

Anne-Sophie Desoblin peint des figures humaines, ou des fragments de figures, captés dans une position figée et une posture ou situation insolite. Cette lecture est accentuée par une légère déformation voire aberration perspective qui provoque, chez le regardeur, une possible confusion dans l’ordre de l’identification corporelle. Pour amplifier ce sentiment d’invraisemblabilité, Anne-Sophie Desoblin introduit dans sa peinture une partie du corps manquante ou un meuble manquant sans lequel le corps apparaît comme orphelin, introduisant ainsi un sentiment de flottement, d’instabilité et d’étrangeté. Sur le plan pictural, deux registres sont employés : soit le fond coloré surgit pour contaminer violemment la figure et se répandre dans un halo expressif, soit il est absent, laissant à la blancheur de la feuille se confondre avec la pâleur de la chair.
Ce ne sont manifestement pas des figures qu’on peut rencontrer et pourtant, elles y sont étrangement proches. Elles semblent hurler dans le silence ou de se figer dans un autisme ahurissant. Elles nous interpellent et nous fascinent par cette étonnante proximité qu’elles établissent avec nous : plus on les fixe, plus on se sent en empathie avec elles et plus encore on entrevoit l’infini cortège de destins humains.

Petr Opelik, 01/05/2017

 

Anne-Sophie DESOBLIN

Voir son site : www.startergallery.com/83/anne-sophie-desoblin


Duos :

 

Nadia Yosmayan

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NADIA
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NADIA(1)

Vit et travaille à Paris/France Née en 1978.
Nadia Yosmayan étudie à l’ENSBA Paris dont elle sort diplômée en 2004. Elle affine depuis son regard et ses recherches à travers le dessin et le travail de la terre. Avec la céramique comme matériau de prédilection, elle pose la forme comme un lieu de transformation, de métamorphose.
Ses sculptures de faïence délicates combinent formes incongrues et organiques qui évoquent tour à tour le corps et la nature, tout en jouant la contradiction avec l’aspect séduisant de l’objet émaillé.

nadia yosmayan: Contemporary art, ceramics and drawings

Voir son site : nadiayosmayan.com/


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